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25 février 2016

A la recherche de Jane Eyre - Partie 3 -

Je me réveillais groggy.

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Madame Fairfax était juste à côté de moi et je sursautais de la voir encore vêtue dans sa longue robe victorienne. 

"- N'ayez pas peur, mon enfant" me dit-elle d'une voix douce en prenant ma main. "Tout va bien."

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Je n'en étais pas vraiment sûre.

Je jetais un regard circulaire à la pièce où je me trouvais. C'était une chambre de style moyenâgeux, si j'en jugeais le tableau accroché au mur, l'imposante cheminée et le spacieux coffre de bois posé au sol.

Les murs bruts de la chambre en vieilles pierres renseignaient de l'ancienneté du manoir qui dataient certainement de l'époque médiévale. 

J'étais allongée sur un lit rehaussé de plusieurs matelas épais et entouré de grosses tentures épaisses pendues sur ses quatre côtés comme cela se faisait à cette époque.

Seuls la commode, l'agencement d'un petit cabinet de toilette, d'un paravent, la facture des vases et des différents objets qui ornaient la pièce montraient que nous étions dans une époque plus contemporaine.

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Mon cœur se serra une nouvelle fois à la vue de ma chemise de nuit sobre en lin beige et de mes pieds nus.

J'avais beau sonder la pièce, je ne voyais toujours pas un seul signe de modernité, pas de lustre au plafond ni de lampe halogène, d'interrupteurs ou de prises électriques, de téléphone... 

Moi qui pensait avoir été la victime d'un mauvais rêve, le cauchemar semblait continuer.

Inutile de penser aussi que Madame Fairfax jouait un rôle, son front était marqué par l’inquiétude et elle semblait réellement bouleversée.

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"- Maintenant que vous êtes réveillée, je vais appeler le Docteur Evans pour qu'il vous examine" susurra doucement Madame Fairfax. "Vous m'avez fait très peur vous savez..."

Dans un bruissement de soie, elle glissa jusqu'à la porte et s’éclipsa l'instant d'une minute ou deux.

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Je sentis les larmes me monter aux yeux. Je dus prendre une grande respiration pour garder mon calme et ne pas me mettre à pleurer. Cette farce prendrait fin certainement d'un moment à l'autre, je devais être patiente c'est tout et, surtout ne pas montrer mon désarroi à mes hôtes.

J'appuyais ma tête contre l'oreiller douillet et tentais d'apprécier la mollesse du matelas sur lequel je me tenais, essayant de trouver un peu de réconfort matériel avant d'affronter les questions du médecin.

Madame Fairfax était sortie quelques secondes et déjà la porte s'ouvrait sur un homme d'une quarantaine d’année au visage sympathique.

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"- Voilà notre jeune étourdie" commença le médecin d'une voix aimable, tandis que je m'asseyais au bord du lit sous le regard toujours anxieux de Madame Fairfax. 

Le médecin saisit mon poignet avec délicatesse tandis qu'il sortait de l'autre une magnifique montre en or à gousset pour prendre mon pouls.

"- Vous semblez un peu nerveuse..." dit-il simplement. Il ajouta avec un sourire "mais c'est bien normal avec cette mésaventure..."

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Je ne savais pas quoi dire, je le regardais poser une large trousse de cuir marron au sol et sortir méticuleusement ses instruments pour son auscultation.

J'aimais je n'avais vu d'instruments médicaux si anciens ! Il saisit un stéthoscope long en bois clair et blanc parmi une poire en caoutchouc, un masque filaire et plusieurs instruments en argent.

Tremblante, je me  laissais observer et palper.

Après un examen général, il demanda à voir ma cheville toujours avec une voix douce et rassurante. Manifestement Madame Fairfax lui avait déjà tout raconté.

Après une courte observation de l’œdème, il sortit un carnet sur lequel il inscrivit quelques mots :

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"- Je vais vous faire préparer une pommade par mon assistant, cela soulagera l'inflammation. A appliquer matin et soir. C'est un cataplasme de graisse de porc, de pâquerettes, de cire d'abeille et d'huiles essentielles, un savant mélange qui a fait ses preuves pour les entorses. Il sera prêt demain, je vous le ferais porter par mon assistant. Jusque là vous avez ordre de rester au lit. Attendez que votre cheville soit guérie pour remarcher vous en aurez pour trois ou quatre jours, plus si vous insistez à marcher comme vous l'avez déjà fait."

Je pinçais de la bouche en réalisant que le médecin n'avait pas été dupe de la marche forcée que je m'étais imposée par orgueil vis à vis de Monsieur Rochester.

Madame Fairfax s'approchait de nouveau :

"- Je veillerais à ce que cette jeune femme fasse bien attention, Docteur. Vous avez ma parole." assura la vieille dame.

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Il eut un petit rire tandis que Madame Fairfax me glissait un regard entendu.

Le docteur serra la main de la vieille gouvernante avec un large sourire :

"- J'ai toute confiance en vous Madame Fairfax moins en cette intrépide jeune enfant..."

Déjà le médecin s'engouffrait à l'extérieur de la chambre.

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"- Je viendrais prendre des nouvelles de votre jeune égarée dans une semaine" continuait-il sur le chambranle de la porte de ma chambre.

"- Au revoir, Jeune Femme. Soignez-vous bien."

Je n'eus même pas le temps de répondre qu'il avait filer à l'anglaise suivi de près par Madame Fairfax.

Les minutes me parurent longues avant que la vieille femme ne reviennent.

Elle me surprit alors que j'essayais de me lever :

"- Oh là ! Malheureuse" gronda-t'elle gentillement "Recouchez-vous. Vous devez suivre à la lettre les ordres du médecin et ne pas bouger. Je vais vous apporter tout ce que vous avez besoin. Vous n'avez qu'à me le demander."

Je m'affaissais sur le lit. Qu'aurais-je pu faire d'autre ?

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"- C'est bien" déclara Madame Fairfax satisfaite. "Monsieur Rochester ne serait pas content de savoir que vous ne souhaitez pas guérir au plus vite..."

Cette phrase était encore pleine d'ambiguïté : qu'est-ce qu'elle voulait dire par là ?

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J'étais tellement prise au dépourvue de me retrouver dans cette situation incompréhensible que je ne trouvais rien à dire. De toutes les façons aucune de mes questions n'auraient pu obtenir de réponses. Je soupirais.

"- Je sais que ce n'est pas facile" commença Madame Fairfax "mais vous savez que vous pouvez me parler..."

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De nouveau, je ne comprenais pas ce début de phrase, Madame Fairfax semblait persuadée d'une chose que j'ignorais moi-même. Mon expression d'étonnement devait être si explicite qu'elle prit la peine de poursuivre.

"- Monsieur Rochester est allé voir du côté de la route, ce matin.... là où il vous a trouvé" commença-t'elle en prenant la main doucement "Il n'y avait pas aucune voiture accidentée... Avez-vous menti ?"

Je restais bouche-bée incapable de répondre. Je me demandais réellement si je disposais des bonnes réponses ne sachant plus du tout où je me trouvais ni avec qui j'étais.

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"- Je suis inquiète pour la réputation de Monsieur Rochester" continuait sa femme d'une voix amicale et posée "Il ne pourra se permettre de vous venir en aide plus du temps de votre guérison si vous avez fui votre domicile ou votre mari... Vous comprenez ?"

J'hochais de la tête, signe que je comprenais ce qu'elle me disait. 

"- Il a suffisamment d'ennuis comme çà..." marmonna-t'elle comme pour elle-même.

Je répétais sa phrase dans ma tête tout en me demandant comment Monsieur Rochester pouvait-il bien avoir des ennuis ?

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Comme elle restait silencieuse, je m'empressais de dire :

"Je suis désolée de vous causer de l'embarras à vous et à votre mari Madame Fairfax mais rassurez-vous je ne suis pas mariée et je n'ai pas non plus fugué du domicile de mes parents."

Madame Fairfax poussa un soupir de soulagement

"- Dieu soit Loué, Jeune demoiselle ! Dieu soit loué." répéta la vieille femme en posant une main sur son cœur.

J'eus un instant d'hésitation avant de lui dire  :

"- Je suis américaine, je m'appelle Elisabeth Prince, je suis journaliste. Je devais rencontrer le propriétaire d'un manoir non loin d'ici et je me suis perdue."

C'était la vérité pure et simple édulcorée seulement de son repère temporel.

"Une journaliste américaine !" remarqua Madame Fairfax ébahie. "Vous êtes bien loin de chez vous, Mademoiselle Prince."

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C'était une évidence mais lui entendre dire me fit du bien.

Il y eut un moment de silence où je percevais l'immense soulagement de Madame Fairfax. 

"- Voulez-vous prévenir quelqu'un, Mademoiselle ? Je peux vous chercher du papier et une plume si vous voulez préparer une lettre."

Je tressaillais à cette question mais j'essayais de donner une réponse assurée pour qu'elle ne ressente pas ma gêne :

"- J'ai choisi librement de me rendre ici, Madame Fairfax. Aucun journal ne m'emploie et je n'ai pas de famille. Vous n'avez rien à craindre de moi. Personne ne vous causera d'histoires."

Les Sims™ 3 Île de Rêve

Madame Fairfax prit une expression pensive :

"- C'est tout ce que je voulais entendre, mon enfant. Et sachez que pour moi votre parole suffit."

N'en était-il pas de même de Monsieur Rochester ?

La vieille dame ne me laissa pas le temps de lui poser de question, elle fit un pas sur le côté pour rejoindre la sortie rapidement.

"Je vais vous chercher quelques livres à lire pour vous occuper, et une collation aussi, je pense que vous devez avoir faim n'est-ce pas ?"

Je secouais la tête positivement :

"- Ce serait avec un grand plaisir, Madame Fairfax, merci beaucoup."

"- De rien, Ma Chère Petite... c'est bien normal."

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Madame Fairfax s'arrêta soudain net, elle fit volte face.

"Au fait. J'ai cru entendre que vous pensiez que Moi et Monsieur Rochester étions mariés, n'est-ce pas ?"

Je rougissais jusqu'aux oreilles.

"- Nous sommes d'une lointaine parenté seulement. Je suis l'intendante du domaine de Thornfield depuis qu'il est petit et je suis toujours fidèle à mon poste comme vous pouvez le constater."

Elle me lança un grand sourire :

"- Quant à Monsieur Edward Fairfax Rochester, il n'est pas marié mais il a la charge d'une petite Adèle. Vous la connaîtrez bien vite, elle brûle de faire votre connaissance. Si cela ne vous ennuie pas, bien sûr, elle viendra vous rendre visite."

Les Sims™ 3 Île de Rêve

Encore bouche-bée d'entendre toutes ses incroyables informations je répliquais enfin :

"- J'en serais ravie au contraire Madame Fairfax, j'ai bien peur de m'ennuyer à force de rester au lit."

Madame Fairfax eut un autre petit sourire.

"- C'est bien ce que je pensais !!! Ne vous inquiétez pas quand vous connaîtrez Adèle vous demanderez grâce et ne regretterez aucun de vos moments de repos."

Son rire cristallin s'évanouit derrière la porte et elle me laissa seule.

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Comme l'histoire était surprenante : Monsieur Rochester, Adèle, Madame Fairfax. Toutes ses personnes en chair et en os devant moi alors qu'ils étaient les personnages d'un livre. Étais-je entrain de rêver ? Peut-être que Jane Eyre allait surgir de derrière la porte...

Vivais-je un rêve éveillé ?

J'essayais de retrouver mon calme en m'allongeant et en fermant les yeux prise d'une nouvelle panique mais c'était peine perdue : trop de questions se bousculaient dans ma tête.

Incapable de maîtriser ce désir de réponses, j'eus soudain envie de me lever, pour chercher à voir dehors, chercher un journal, tout qui pourrait me renseigner sur la date du jour.

Ce fut Madame Fairfax qui me surprit une nouvelle fois en frappant à la porte et en entrant :

"- Voilà, Mademoiselle Prince, une collation pour vous remettre un peu de couleurs sur les joues."

Elle posa un magnifique service de porcelaine sur un guéridon placé à côté du lit.

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Tout en regardant de droite à gauche, elle sortit un journal roulé dans sa manche.

"- Je vous ai apporté le journal du jour. Je l'ai volé à Monsieur Rochester" s'amusa-t'elle "mais je suis sûre que vous apprécierez de le lire... Monsieur Rochester ne supporte rien de ce qui y est écrit, mais il aime bien y découvrir les dernières nouveautés, et cela le distrait. Je le remettrais dans son bureau d'ici ce soir, il n'y verra rien. Il s'est absenté pour la journée."

Je fus presque déçue d'apprendre que Monsieur Rochester n'était pas au manoir. Bizarrement sa compagnie me manquait. Lui et sa mauvaise humeur et j'en avais un violent pincement au cœur.

Madame Fairfax crut noter chez moi un changement d'humeur par mon regard car sa voix se radoucit encore plus :

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"- A chacun de ses retours, Monsieur Rochester demande de vos nouvelles. Il sera heureux d'apprendre que vous êtes réveillée."

"- Vraiment ?" lui dis-je avec un petit sourire. "C'est vraiment gentil de sa part. Puis-je le remercier pour cette attention ?"

Madame Fairfax sembla apprécier que je lui dise cela :

"- Vous pouvez, à travers moi, Mademoiselle Prince. Monsieur Rochester est un homme célibataire, il ne sera pas convenable qu'il vous voit seul... tant que votre présence n'est pas justifiée."

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Je baissais la tête, terrifiée par toutes ses convenances, et restait bien songeuse.

Je compris pour les jours suivants ce que voulait dire cette phrase car pas une seule fois il me fut permis de voir Monsieur Rochester. J'appris entre un soin et une collation qu'il était souvent parti pour affaires : deux jours, puis pour une semaine, et ensuite pour le mois, puis un autre.

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Je fis pendant ce long moment connaissance d'Adèle, sa pupille. J'appris par Madame Fairfax qu'il s'agissait de la fille qu'il avait eue avec une ancienne maîtresse. Je comprenais pourquoi Madame Fairfax gardait jalousement Monsieur Rochester loin de ses congénères féminines. Elle avait trop peur que le pauvre se retrouve avec un autre enfant à charge. Je n'imaginais pas un homme tel que Monsieur Rochester capable de tomber dans un tel guet-apens mais peut-être qu'il devait son actuel cynisme à cette ancienne histoire ?  

Le journal m'avait renseigné de la date du jour : nous étions le 7 juin 1836. J'avais eu un tel coup au cœur que j'avais bien cru mourir sur le choc puis je m'y étais faite. Je n'avais pas le choix. J'essayais seulement de ne pas céder à la panique en me concentrant sur le présent. Et ce fut en premier : guérir et pouvoir remarcher.

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Madame Fairfax me proposa ensuite un poste de préceptrice auprès d'Adèle afin de "justifier ma présence au manoir" comme elle aimait à me dire d'une voix maternelle. N'ayant rien d'autre à espérer et totalement prise dans ce tourbillon, j'avais accepté ce travail. 

Depuis j'avais le droit d'errer dans le domaine entre le jardin,  la salle d'étude, ma chambre où la cuisine, mais je n'étais pas convié dans la grande salle d'apparat, ni dans le bureau tant que le maître ne m'y avait pas convié.

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Adèle était une petite fille d'une huitaine d'années pleine de vie et d’exubérance comme les enfants pouvait l'être  à son âge. J'adorais lui donner des leçons. Par chance j'avais été moi-même une élève assez douée et je pus lui servir d'institutrice sans problème pour l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul. Madame Fairfax m'avait demandé quelques références supplémentaires avant de m'employer - "Il était impératif que la jeune pupille de Monsieur Rochester puisse se distinguer par plusieurs talents d'agrément afin de faire honneur à son père et plus tard à son mari" m'avait-elle dit avec rigueur. Je dispensais donc à la jeune enfant des cours de Français, de chant, et de dessin mais nous parlions aussi de poésie, de théâtre et de broderie. Je remerciais muettement ma petite enfance dans le sud de la France dans la famille de maman sur laquelle j'appuyais toutes mes connaissances.

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Je m'étonnais de pouvoir montrer à cette toute petite fille, moi femme des années 2000, comment accepter sa future servitude de bonne épouse et de bonne mère à renfort de bonnes manières et de bons usages. Je pus constater finalement que j'étais moi-aussi formatée à devenir implicitement "la même chose" si je me mariais. 

C'est au début du mois de Septembre que Monsieur Rochester se présenta de nouveau chez lui. A peine avait-il franchi les portes du domaine qu'il créa à lui tout seul une révolution dans le manoir.

Cela commença par la voix grave et forte de Lazarus l'homme à tout faire qui prévint toute la maisonnée que le maître arrivait.

"- Voilà, Maître Rochester !" héla t'il de ses deux mains jointes " - Le Maître est de retour !"

Ce fut un court moment de silence, une fraction de secondes où chacun s'assura qu'ils avaient bien entendu. Une attente où toute la maisonnée sembla se figer, juste pour entendre les pas du vieil homme qui claqueraient sur les dalles en pierre et le grincement de la lourde porte qui annoncerait et confirmerait la "bonne nouvelle" !

"- Oui ! Dieu soit Loué ! Le Maître était de retour ! "- Ces mots étaient sur toutes les lèvres créant le début d'un remue-ménage extraordinaire.

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J'avais lâché mon livre, Adèle sa plume et son encre, quand la petite, le visage barré d'un grand sourire m'avait attrapée la main pour que nous nous précipitions dans le grand escalier à l'annonce de la nouvelle.

"- Avez-vous entendu, Mademoiselle Prince ! Papa est de retour" avait-elle dit simplement en tapotant ses mains et en m'attirant hors de la salle d'études.

La cuisinière, Madame Fairfax et moi-même tirée par la main d'Adèle, étions déjà dans la grande salle d'apparat, juste devant la porte, prêtes à l'accueillir, silencieuses et droites formant un rang bien serré d'employés et d'enfant modèle.

Je regardais leurs yeux pétiller de bonne humeur, leurs visages radieux qui racontaient encore la joie de revoir Monsieur Rochester et tout ces longs mois d'attente qui s'étaient soudain envolés au plaisir de le savoir de retour. J'étais finalement la seule à être anxieuse à l'idée de son arrivée.

Monsieur Rochester apprécierait-il de me voir ? Se souviendrait-il même de moi ? Serait-il d'accord avec Madame Fairfax pour que je sois toujours la préceptrice d'Adèle ? 

Mon cerveau n'arrêtait pas d'émettre des signaux d’inquiétude...

Je préférais penser à la course de la cuisinière qui à la vue de son tablier couverts de duvets blancs, avait dû lâcher la volaille qu'elle était entrain de plumer, pour courir de la cuisine et traverser les dépendances d'un bon train, juste pour nous rejoindre à temps tant elle était rouge et encore toute essoufflée...

Je voulais imaginer le pas lent mais tonique de Madame Fairfax, bien digne dans sa robe noire, qui s'était levée de son fauteuil quittant son ouvrage et son aiguille pour glisser avec élégance vers l'entrée.

Je préférais encore suivre Léah, la plus jeune servante du Manoir, le plumeau au poing, qui à peine descendue des chambres, s'était précipitée aussi pour nous rejoindre que de focaliser mes pensées sur lui. 

Lui. Pourquoi mon cœur battait si fort à l'idée de le revoir. J'imaginais son regard sombre et insolent posé sur moi, son dédain et puis soudain cette marque d'intérêt bref mais si flatteuse... Moi aussi je succombais finalement au charme de son retour.

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Tandis que le cuisinière mettait une main sur sa poitrine comme pour contenir les battements de son cœur, que Madame Fairfax lissait le taffetas sombre de sa robe, qu'Adèle tirait sur ma main soudain incapable de retenir quelques sautillements, tandis que Léah ôtait à une vitesse impressionnante tous les draps blancs des meubles et fauteuils qui recouvraient la salle d'apparat, le cheval de Monsieur Rochester approchait dans la cour...

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Mon cœur se mit à battre la chamade quand j'entendis la voix du Maître saluer son fidèle serviteur.

Je frissonnais en entendant les bruits des pas du cheval puis ceux du Maître s'approcher. La haute silhouette noire enroulée dans un grande redingote en laine pénétra enfin dans le hall d'entrée emportant avec elle la fraîcheur de l'extérieur. Il claqua des talons et se secoua comme si il avait neigé, il avait froid sans doute...

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"- Ah !" s'exclama-t'il en nous voyant bien en rang devant lui. "- Quelle belle surprise ! Quel agréable accueil ! Moi aussi je suis ravi de vous revoir tous et toutes en bonne santé..."

Son regard sombre et appuyé fit rougir la cuisinière, Madame Fairfax et même Adèle. L'attention de Monsieur Rochester émoustillait toute la gente féminine du manoir même Léah qui était déjà revenue prendre sa place dans le rang.

"- J'ai hâte de me restaurer, Madame Pierce" lança-t'il à la cuisinière encore plus rougissante "- Votre bon ragoût m'a manqué. C'est encore possible ?"

"- Bien sûr, Monsieur Rochester, vous savez bien que j'ai toujours un ragoût sur le feu rien que pour vous." 

"- Léah" lançait déjà Madame Pierce "- Suivez moi nous allons servir le repas de Monsieur Rochester."

"- C'est cela même, Madame Pierce. Je serais dans mon bureau, tout près de la cheminée. J'ai grand hâte de me détendre un peu et de me réchauffer."

"- Vous viendrez quelques minutes avec moi Madame  Fairfax, j'ai quelques instructions à vous transmettre et des nouvelles en plus à vous donner, nous en parlerons ensemble voulez-vous..."

Il s'arrêta net comme si il avait senti mon regard sur lui mais il ne me regarda pas.

 

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"- Adèle... nous nous verrons demain mon enfant, je n'ai pas la tête à écouter vos babillages ce soir, vous m'en excuserez... De toute les façons, le soleil ne va pas tarder à se coucher, et je ne voudrais pas perturber vos habitudes et celle de votre nouvelle préceptrice... Bonsoir, mon Enfant..."

Sa main longue caressa d'un geste rapide les cheveux noirs de sa jeune enfant dont la tête baissée cachait la déception.

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"- Comme vous voudrez Papa. Bonne nuit. A demain, Papa" murmurait la fillette d'une voix chevrotante.

Ma gorge se serra sous ce manque évident de compassion et d'intérêt pour sa jeune enfant et tout ce qui la concernait car Monsieur Rochester claqua des talons pour se détourner vers le petit salon attenant sans un mot ni un regard de plus, ni pour Adèle, ni pour moi.

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Ce fut très tard et après ma journée de "travail" que je fus conviée à le rejoindre dans son antre car "il" avait demandé à me voir.

  A SUIVRE

Posté par janesteward à 17:36 - LES HISTOIRES DE NAT - Commentaires [0] - Permalien [#]
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